Philippe Coen de Respect Zone

Le harcèlement scolaire n'est pas qu'une affaire d'adulte

Au 21ème siècle, les avancées de la téléphonie mobile allaient nous apporter un confort de communication et d’efficacité dans nos tâches quotidiennes. Elle semblait même très sécurisante sur le parcours d’un écolier, pour les parents. L’arrivée du smartphone a entraîné un dommage collatéral insoupçonné : le harcèlement en milieu scolaire.

Philippe Coen, Président de l’association  Respect Zone œuvre pour responsabiliser les jeunes sur ce phénomène criant, sans tomber dans la sanction de l’interdit.

Phil Marso : Respect Zone est à l’initiative de vos deux fils. Ils avaient constaté une recrudescence de la cyber violence à l’école dès 2014. Comment se manifestait-elle ?

 

Philippe Coen : 2014, c’est le lancement de l’initiative Respect Zone. En réalité, il y a eu des avant-projets deux ans avant. 2012, c’est l’époque où Facebook était à la mode pour les ados. Très peu d’adultes y étaient et pas de profs dans l’entourage de mes deux garçons pré-ados. C’est mon fils aîné qui était venu me voir un jour, très affecté. Il m’a expliqué qu’il y avait un groupe contre un prof de maths d’origine africaine. Ce groupe se nommait : « Si comme moi, tu hais Monsieur…. »

C’est un groupe qui a eu du succès, débordant de la classe et des personnes qui pouvaient connaître l’enseignant. Mon fils n’arrivait pas à expliquer cette gêne et ses conséquences.

 

P.M : Un décodeur du respect numérique s'imposait, j'imagine ?

P.C : Il a fallu mettre en lumière sa préoccupation : Pourquoi est-ce une gêne ? C’est intéressant qu’il ait eu le réflexe d’en parler. Il faut dire à ses camarades que c’est embêtant pour eux car cela ne va pas être effaçable, ça risque de rester. L’établissement peut être au courant avec une incidence sur la scolarité. Ça peut faire mal au prof, même si c’est potache, mais raciste tout de même !

PM : Quelle a été la réaction de ses copains pour ne pas liker l’initiative du groupe sur Facebook ?

P.C : Il est revenu vers ses camarades avec ses consignes, ses idées. Il a été tout de suite mis à l’écart comme un boloss, un intello. Les années ont passé. Ce fait, nous a alertés sur le plan familial . Etait-on capable d’apprécier la situation. Ses camarades en retour disaient : « C’est pas grave ! ». C’est typiquement de l’humour, du bizut vers quelqu’un qu’on harcèle. On va dégrader la gravité.Deuxièmement, c’est d’ordre privé.  C’est un faux sentiment de dire que c’est anonyme, discret. Troisièmement : c’était pour rire !  C’est proche de ma première affirmation. C’est l’idée que l’humour est une exception absolue à la violence. Est-ce que l’humour est exonératoire en langage juridique à une cyber-violence ? Mon fils est revenu exclu, sans convaincre. En tant que parent ce qui m’a interloqué c’est la passivité des spectateurs. C’est-à-dire la coresponsabilité de ceux qui se taisent, laissent faire et qui autorisent tous les comportements affectant. Par chance les fauteurs de trouble n’ont pas été inquiétés du fait que le professeur n’a jamais eu accès à ce groupe sur Facebook.  Il n’y a pas eu sanction. Après réflexion, cela ressemble à une zone de non droit.

PM : Après ce vécu familial, comment concrétise-t-on Respect Zone ?

P.C : On fait quoi maintenant pour venir avec un message extrêmement facile à comprendre, sans une interdiction de faire, une prescription. C’est un message comme sur internet qui vous dit en utilisant les couleurs bleu et blanc que l’on retrouve sur les boutons des réseaux sociaux, des sites essentiels comme celui des Nations Unies. Ce message colorié, vous renvoie vers une charte. C’est un symbole comme des panneaux : sens unique, stop. Votre cerveau va réagir tout de suite. En 2020, je ne crois plus que l’on va éduquer par des sanctions et l’interdiction. On est plus écouté par des messages positifs qui vous remettent les valeurs en place.

© Phil Marso - Novembre 2020 - Megacom ik / Adikphonia

Découvrir la suite de l'interview dans le magazine Adikphonia N°2 :

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